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Nadia Xerri-L.

Nadia Xerri-L.

par Jean-François Driant, directeur du Volcan

 

 

 

C’était l’automne, le début de l’automne même. Il faisait beau au Havre et j’entamais une journée de rendez-vous, réunions et lectures de projets dans mon bureau au Volcan.

Ce jour-là, mon planning mentionnait notamment un rendez-vous avec une jeune femme, metteuse en scène et auteure que je ne connaissais absolument pas et dont je n’avais jamais vu le travail. Elle m’avait été recommandée chaleureusement par une de mes proches collaboratrices et, par nature, je suis toujours friand de nouvelles rencontres toujours porteuses de tant de possibles, de tant d’envies.

L’heure du rendez-vous est arrivée, je m’en souviens encore des années plus tard comme si c’était hier ;  elle est là, devant la porte de mon bureau, accompagnée d’un homme qu’elle me présente comme l’administrateur de sa compagnie.

La discussion commence et, irrésistiblement, la générosité, la passion, la soif de l’autre et l’évidence des histoires qu’il faut écrire et puis qu’il faut encore raconter et incarner s’imposent et remplissent tout l’espace de mon bureau… à tel point que, dès la fin de cet entretien, j’engage Le Volcan dans cette nouvelle aventure artistique, celle de Nadia Xerri-L. Le spectacle, lui, s’appelle Couteau de nuit, le texte est édité chez Actes Sud et le spectacle fera une magnifique tournée dans nombre de théâtres de l’hexagone.

Le Volcan ne quittera plus cette artiste qui deviendra artiste associée à notre scène nationale entre 2012 et 2014 et multipliera les rencontres sur le terrain, l’écriture, le travail sur scène, les créations jusqu’au sur-mesure avec  Tout Quitter, magnifique exercice d’observation et d’écoute doublé d’une mise en scène associant comédiens professionnels et habitants de l’agglomération havraise. Petit miracle d’intelligence, de sensibilité, de respect et disons-le, de talent à l‘état pur.

La création de Dans la nuit de Belfort et puis Je suis/tu es/ Calamity Jane  ouvriront notre saison théâtrale 2013/2014.

Ce sont les deux dernières pièces présentées par Nadia au Havre. Le grand Ouest, une nuit de folie, un destin de femme, dans ces œuvres se cachent à peine la personnalité et l’infinie délicatesse d’une artiste de son temps, pour toujours.

Nadia Xerri-L est partie loin, trop loin, en plein été. Elle a laissé en héritage au Volcan, au Havre, et dans tant d’autres lieux sa joie de vivre et son rapport d’intimité unique entre le Théâtre et chacun. Nadia Xerri-L est partie loin, trop loin. On ne rattrape pas Nadia Xerri, on l’espère.

 

 

 

photos : ©Olivier Roche